Parcs et jardins

La congrégation des Oblates, depuis 1887

Parc des Oblates, le jardin de l'abbaye
  • Extrait de Nantes au quotidien - [histoires] de quartier - pages 29 à 31 - Novembre 2008 - Pascale Wester
  • Chantenay
    Juste au-dessus de l'industrieux Bas-Chantenay, entre tramway et boulevards, se niche dans un havre de paix et de verdure de quelque quatre hectares la communauté des oblates du Sacré-Coeur-de-Jésus. Depuis plus d'un siècle, des religieuses franciscaines occupent ce lieu préservé, un coin de campagne à deux pas du centre-ville, incluant ferme, prairies et bois.
  • Les Oblates de Chantenay, depuis 1887 au service des plus démunis
  • Le couvent est fondé par Sophie Gazeau de la Brandannière, née à la Verrie (Vendée) le 29 mai 1829. Elle est élevée par son oncle qui lui confie la direction de sa maison et lui lègue ses biens à sa mort en 1864. La jeune femme sollicite dès 1869 son affiliation au tiers-ordre franciscain, qui est "une pieuse association de laïcs", et prend le nom de soeur Marie-Thérèse. Le 3 novembre 1875, au cours d'un pèlerinage à Rome, elle se décide à consacrer sa vie à Dieu et fonde une congrégation afin de réunir d'autres compagnes désireuses de vivre en communauté dans le partage et la prière, une vie évangélique. Il s'agit aussi de la seconder auprès des pauvres puisque l'évêque l'appelle à Nantes pour y soigner les malades et indigents. Elle s'installe rue Malherbe le 18 décembre 1877.
    Les novices devenant nombreuses, il faut trouver un espace pour les loger. Au cours de l'été 1886, soeur Marie-Thérèse achète dans la commune de Chantenay la propriété de la Hallée. Celle-ci est issue de l'union du domaine de la Hallée et de celui du Plessis de la Musse, l'ensemble étant devenu marquisat en 1651 par décision du roi Louis XIV. Au 17e et 18e siècle, la propriété est l'une des plus grandes terres féodales du comté de Nantes. Elle est acquise au début du 19e par M. Crucy, constructeur de navires, qui y édifie, en surplomb des chantiers navals de la Piperie, son habitation, dite "Le Gay-Lieu".
    A la fin de l'époque napoléonienne, le chantier Crucy est liquidé, maison d'habitation incluse. S'y succèdent alors comme propriétaires M. Pelloutier puis Berthe Anaïs Panneton, restée maîtresse des lieux à la mort de son frère. L'endroit ne peut que séduire soeur Marie-Thérèse, puisqu'il allie beauté et quiétude à une situation géographique idéale pour qui souhaite s'occuper des malheureux : le développement industriel de Chantenay a en effet peuplé le quartier d'ouvriers mal payés et mal logés, physique-ment vulnérables.
  • Ferme, potager et verger
  • La fondatrice de la congrégation signe l'acte d'achat de la propriété le 2 septembre 1886, les religieuses s'y installent le 1er mars de l'année suivante : ce jour-là, elles sont une vingtaine, en robe grise, accompagnées de la dizaine d'orphelines qu'elles ont recueillies, à traverser la ville par petits groupes pour gagner leur nouvelle demeure, une villa alors délabrée et d'accès difficile mais entourée d'un splendide parc.
    Le domaine devient maison mère et noviciat sous le nom de monastère de Notre-Dame du Chêne.
    Le 6 mai 1887 s'y déroule la première cérémonie de vêture et de profession. Rapidement, le domaine prend forme. "Soeur Marie-Thérèse était une grande bâtisseuse !", souligne non sans fierté soeur Marie-Françoise, mère supérieure de la congrégation depuis 1999. En effet, le 1" mai 1888, on pose la première pierre de la chapelle dont la fondatrice a elle-même dessiné les plans. L'édifice achevé est béni par l'évêque un an plus tard.
    Encore à peine un an plus tard, le 3 mai 1890, commence la construction du couvent Notre-Dame du Chêne. L'aile droite du bâtiment abrite bientôt la communauté et comprend plusieurs chambres destinées à recevoir les malades appelés à subir des interventions chirurgicales. Sa construction est terminée en avril 1891. Quelques années plus tard, le 12 septembre 1894, une petite chapelle est construite près du cimetière des soeurs, où sera inhumée soeur Marie-Thérèse à sa mort le 18 juillet 1911.
    Derrière le bâtiment principal s'élève une petite ferme aujourd'hui désaffectée où, naguère, vivaient des animaux d'élevage (vaches, cochons, lapins...) qui venaient compléter les produits de vastes potagers, permettant à la communauté de vivre en quasi autarcie : "Nous avions aussi un pré rue Sylvain Royer. Pour y amener les vaches, il fallait traverser la place Jean Macé... Imaginez !", raconte en riant soeur Marie-Françoise. Ensuite, les potagers sont devenus prairies. "Dans ce pré, à la fin des années 70, nous avons accueilli Polisson, un âne appartenant à un instituteur venu de la campagne et qui ne voulait pas se défaire de l'animal mais ne savait où le mettre !" Juste à côté, les arbres d'un magnifique verger ploient sous les pommes : "Certaines de ces variétés sont rares". En contrebas, un jet d'eau arrose copieusement quantité de fleurs toujours soigneuse-ment entretenues par l'une des religieuses à la retraite.
  • Soigner les plus démunis
  • Depuis l'origine, loin de constituer un ordre contemplatif, les oblates sont fidèles à leur vocation de soins. Intégrées à la vie sociale, elles arpentent les rues pour visiter les malades. Les soeurs infirmières sont connues et appréciées de tous. Dans les années 60, les habitants du quartier offrent même au couvent une voiture sans permis au volant de laquelle soeur Ludovique peut multiplier ses visites, allant jusqu'à Bellevue et Saint-Herblain.
    Durant la Seconde Guerre mondiale, la maison mère est réquisitionnée par les occupants allemands, les religieuses sont exilées dans le pavillon de la Hallée. La fin du conflit est célébrée de mille coups de la cloche de la chapelle... Peu après, les soeurs mettent une parcelle de leur terrain (donnant sur la rue de la Tannerie) à disposition pour y édifier le foyer Benoît Labre, qui accueille les sans-logis dans une baraque en bois construite vers 1950. C'est une association, fondée en 1953, qui gère le foyer avec la congrégation. "Vers 1965-66, tous les soirs, on allait leur servir la soupe, se souvient mère Marie-Annick, l'intendante du couvent. Soeur Marie-Joachim allait les soigner, ils faisaient la queue devant l'infirmerie. Elle partait vers 19 h et rentrait vers 21 h. Quand ils étaient hospitalisés, elle leur rendait visite. Elle a fait ça pendant près de cinquante ans, jusqu'en 1998, jusqu'à ne plus pouvoir remonter la côte !".
    Dans les années 2000, quelques bâtiments de ferme vendus à la municipalité sont devenus la maison de l'apiculture.
    Depuis sa fondation, la communauté des oblates a accueilli près de 500 religieuses.
    "En 1975, nous étions 80", rappelle soeur Marie-Annick, l'une des dernières entrées dans la communauté. Aujourd'hui, 45 membres de la congrégation vivent à Chantenay et dans de petites fraternités réparties sur six départements. Toutes sont âgées, mais elles sont heureuses d'avoir fondé en 1986 une mission au Honduras qui réunit une quarantaine de jeunes franciscaines engagées "au service de l'Evangile et du peuple hondurien, désireuses d'aider leurs frères et soeurs démunis".

    Les religieuses de Chantenay ont confié en 2006 la gestion de leur propriété à la Mutualité retraite. Un vaste chantier est en cours afin de rénover et agrandir le bâtiment principal pour en faire une maison de retraite où les laïcs côtoieront les religieuses, et qui pourra accueillir 82 résidants. L'ouverture est prévue en 2010, mais les demandes dépassent déjà le nombre de places disponibles... "Pour nous, ce choix de partager notre domaine est dans la continuité de notre oeuvre et de ce qu'on a vécu ici."