
Logo du SEVE créé à l'occasion
du tricentenaire du jardin des plantes en 1989 |
Depuis longtemps, les
apothicaires voient d'un mauvais oeil les professeurs de botanique profiter du Jardin. Ils
voudraient exclusivement réserver celui-ci à la production de plantes pour leurs
officines. Comme ses prédécesseurs, Lemeignen est en butte aux tracasseries et cherche
à avoir ses propres carrés de culture; il profite de l'éviction des ordres religieux
pour essayer d'étendre le Jardin sur la propriété voisine des Calvairiennes. Il fait de
nombreuses démarches auprès du comité révolutionnaire, sans grand succès. Lemeignen,
nullement découragé, revient à la charge. Grâce à l'appui de Guillaume Laennec, il
est sur le point d'obtenir gain de cause, malheureusement en 1793 le Comité
Révolutionnaire décide de réserver les terrains du quartier du Calvaire à
l'urbanisation. Il prend cependant en compte une autre proposition de Lemeignen visant
l'attribution de l'enclos des Ursules pour les besoins de la botanique, en liaison avec le
projet d'Ecole Centrale qui sera créée l'année suivante. Alors qu'en 1790 le Jardin
des Apothicaires compte encore plus de 600 espèces différentes, en 1795, il reste moins
de 150 végétaux exotiques. A partir de cette époque, le Jardin des Apothicaires n'est
plus consacré qu'à la production des simples les plus utiles aux officines.
Progressivement phagocyté par l'urbanisme galopant, le Jardin devient ombreux et humide.
La dernière visite officielle d'un maire a lieu en 1813 et malgré un regain d'activité
d au pharmacien Moisan vers 1843, la lente agonie se poursuit. La fin interviendra
en 1877, date à laquelle la municipalité décide de récupérer le terrain dont elle
était restée propriétaire. Les apothicaires devenus pharmaciens protestent vivement et
essaient d'obtenir des compensations. Un procès s'ensuit et les pharmaciens le perdront.
Paradoxe, l'avocat de la Ville dans cette affaire s'appelle Bonamy, c'est l'un des
descendants de François Bonamy qui avait donné au Jardin ses plus belles heures de
gloire. Depuis, le temps a éliminé les derniers vestiges du vieux jardin. Seule une plaque
Rue de Budapest rappelle aux passants l'emplacement de ce berceau de la botanique
nantaise. Pourtant, dans l'emprise de l'établissement, précisément dans la cour du Lycée
Jules Verne, poussent des platanes et des tilleuls. Pourtant, depuis février 1988, un
Magnolia grandiflora commémorant le troisième centenaire de la signature des lettres
patentes par Louis XIV a été planté par les élèves du lycée. Pourtant, la vitrine
d'un magasin de fleuriste égaye la Rue de Budapest. Ainsi, en dépit des oublis de
l'histoire, il y a encore des arbres et des fleurs au Jardin des Apothicaires. |
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